
Après une enfance de “Graine d’ortie”, Benoit Postic monte à Paris en 78. Il y suit plusieurs formations aux arts de la scène : l’école du cirque chez Fratellini, du mime au TEMP, des cours d’art dramatique.
En 80 il est embauché sur une production belge : “Les voyages de Kwiebe Kwiebus” monté par Jean-Claude Idée pour le Théâtre du Miroir.
Un an après, avec ses complices d’alors, Nele Paxinou et Marco Taillebuis, ils poursuivent cette expérience de théâtre forain en montant Zadig de Voltaire et achètent leur première roulotte.

Après une enfance passée dans les livres, Catherine Blanjean voit un jour passer une roulotte par dessus la haie de son jardin.
Comme cela ressemble à un roman, elle décide de la suivre et fait sa première tournée avec le Théâtre du Miroir en été 1981, comme responsable des boutons à recoudre et des costumes à enfiler… avant d’apprendre son métier de comédienne « sur le tas »
Fin 1981, tout ce petit monde participe à la fondation des Baladins du Miroir, et l’itinéraire de Benoît Postic et Catherine Blanjean se confond pendant 6 ans avec cette expérience de théâtre forain.
Six années, quelques centaines de représentations, un mariage et un bébé plus tard, ils reprennent la transhumance, fondent leur propre compagnie et découvrent le théâtre jeune public.
Presque sans aucun moyen financier – quoique reconnue par la Communauté Française- la compagnie Transhumance réussit le pari de créer depuis plus de 20 ans des spectacles de qualité, spécialement adressés au jeune public.
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ce qu’en dit la presse
Extrait de Traverses 174 – avril 2003 – Virginie Gofflot
Le théâtre à la Ferme
L’aventure commence un peu comme dans un conte de fée. “J’ai toujours rêvé d‘être enlevée par des saltimbanques, sourit Catherine Blanjean, coresponsable de la Ferme de la Dîme à Wasseiges, une petite entité située à une vingtaine de kilomètres de Huy et de Namur. J’ai été séduite par les représentations que la Compagnie du Théâtre du Miroir donnait dans le village. J’avais 16 ans. De fil en aiguille, en fréquentant les comédiens et en les aidant un peu, ils m’ont proposé de les suivre pendant les grandes vacances. je ne suis plus jamais rentrée vivre chez mes parents.”
Aujourd’hui le conte se poursuit. Catherine a rencontré Benoît Postic. Formé à Paris à la célèbre Ecole du Cirque Fratellini, Benoît possède un appétit d’apprendre multidisciplinaire. L’homme est habité par le concept du théâtre ambulant, le théâtre qui va vers les gens. Le comédiens deviendra son mari.
Le temps passe, la troupe évolue. Une partie de ses membres forme désormais les Baladins du Miroir. Tous partagent, à l‘époque,une vision idéaliste du théâtre: permettre un accès démocratique à la culture. “Nous voulions rendre les oeuvres classiques accessibles à un public populaire. Nous souhaitions aller vers les gens qui n’auraient sans doute jamais fréquenté une telle structure sans notre coup de pouce”, explique Benoît Postic.
Compagnie itinérante, la troupe se déplace de village en village, de ville en ville. “Nous étions six, voire sept, comédiens permanents à vivre en communauté, à dormir dans nos roulottes. Nous étions tous très attachés à cette vie en collectivité. Au départ, nos représentations se déroulaient en plein air, sur des tréteaux. Suite aux mauvaises conditions atmosphériques, nous avons dû investir dans un chapiteau”, se rappelle le couple.
En 1986, après avoir sillonné les routes pendant six ans, revisité les classiques (Zadig de Voltaire, les Fables de La Fontaine, les Farces de Molière) et mis au monde une petite Marie, le couple quitte la troupe. Ils ne partagent pas les nouvelles orientations prises par les Baladins du Miroir.
Déçus et amers, ils arrêtent toute activité théâtrale. Benoît travaille comme boulanger et comme jardinier. Catherine suit une formation en comptabilité. Très vite, leur passion reprend le dessus et, en 1988, ils créent la compagnie Transhumance. leur premier spectacle, écrit et interprété à deux, s’intitule Un trapèze pour deux (…) Cette première création est sélectionnée, un peu par hasard, dans le cadre du festival de théâtre jeune public à Huy. Séduits par la diversité et la créativité du genre, ils décident de créer des pièces destinées au jeune public. Chambre rebelle, leur deuxième oeuvre, lance vraiment la compagnie Transhumance dans les spectacles pour enfants (…)
Monique Bosman – Spectacles Jeune Public n°29 – septembre 1990
La Compagnie Transhumance, ou l’aventure recommencée.
On se souvient des deux vieillards de Un trapèze pour deux, découvert à Huy en 1989. On a dans la mémoire du cœur leur solitude tremblante, puis l’espérance renaissante. Leur fierté, leur pudeur. Un spectacle tout de sincérité, qui ne pouvait dès lors laisser le public indifférent.
Plus qu’évoquer la vieillesse, Catherine Blanjean et Benoit Postic avaient voulu aborder le thème de la rencontre. C’est peu à peu, en cours de travail, que les personnages se sont définis comme des vieillards, d’où la gageure des deux rôles de composition… Le jury de l’Asso su en reconnaître la qualité malgré l’une ou l’autre faiblesse de jeu, et la pièce fut sélectionnée. On peut penser ce qu’on veut de la Sélection – et souvent pis que pendre ! – elle constitue de toute façon une certaine forme de reconnaissance par des professionnels. Que le public fut partagé en est une autre, car on ne discute pas d’une pièce inexistante. Encouragement d’autant plus précieux que Catherine et Benoît, après avoir pris un virage décisif, venaient de repartir à zéro. Pas tout à fait cependant, car tout leur passé les avait enrichis d’une expérience de théâtre très particulière.
De voyage en « transhumance »
Leur itinéraire en effet s’est confondu pendant plusieurs années avec celui des Baladins du Miroir, théâtre de rue et de pérégrinations comme on sait (le nom choisi pour leur théâtre n’est sans doute pas indifférent…). Des années qui leur ont apporté, outre la consolidation du métier, beaucoup de moments heureux de contact avec le public, surtout dans les campagnes. Des années qu’ils ne renient pas, même si la rupture fut douloureuse. Et les doutes, et la remise en question. La solitude, aussi, car un style d’existence communautaire venait de basculer. Et la galère, car se retrouvant avec un enfant, une roulotte, un camion, il leur fallait trouver à s’ancrer à tout petit budget. Et le rejet du théâtre : Benoît travaille comme jardinier, comme boulanger. Quelques mois passent. Catherine se met à la comptabilité. Puis voilà que renaît, poignante, l’envie de refaire du théâtre.
Du théâtre, mais autrement. Les Baladins, c’est du théâtre de rue, visuel, coloré, bruyant, du théâtre de « divertissement ». Ce que veulent nos amis, c’est, comme dit Benoît, « défendre un propos, dans des pièces intimistes, des pièces de proximité ». Pendant tout ce temps d’incertitude, ils n’ont pas perdu la main puisque d’abord Catherine, Benoît ensuite, ont animé des ateliers théâtre avec des écoliers, à Orbais notamment (Et voilà que l’école d’Orbais a été invitée à participer au Heysel à la grande fête de l’année du Roi !)
Sur le thème de la rencontre
Benoît n’avait certes pas rejoint les Baladins sans bagages : deux ans de cours à Paris (il est Français) au T.E.M.P. (Théâtre, Expression, Mouvement, Pensée) puis l’école du cirque Fratellini, puis des cours d’art dramatique. Avec son compère Marco Taillebuis, il fut engagé après une audition par le Théâtre du Miroir et, lors de la scission, suivit le groupe qui constitua les Baladins. Quant à Catherine, son parcours est marqué de romantisme en forme de coup de foudre, le jour où les Baladins s’arrêtèrent dans son village. Elle les suivit, tout simplement – elle avait seize ans! – armée de son seul talent de musicienne… Elle s’est donc formée « sur le tas ». Benoît jouait Zadig, elle joua Astarté. Et, la réalité rejoignant la fiction, ils s’aimèrent. Mais ceci est une autre histoire…
Compagnons dans la vie, ils le seront encore dans leur prochain spectacle, qu’ils comptent bien créer vers Pâques et présenter à la Sélection de 1991. Toujours mis en scène par l’ami Jacques Deglas, ils le veulent davantage à l’écoute des enfants. (Un trapèze pour deux, c’est une critique qu’ils acceptent, n’était pas suffisamment « ciblé », et des acheteurs potentiels, quoique personnellement séduits, ont ainsi renoncé à l’inviter).
Que peut-on dire, au stade de la genèse commençante ? Qu’il s’agira, sur le thème « A quoi rêve un enfant d’ici ? », des relations parents-enfants. Qu’on ne verra pas l’enfant, présent néanmoins d’une originale façon. Une autre rencontre, en somme.
Catherine et Benoît joueront les parents, bien sûr. Parce qu’ils n’ont pas encore la solidité – et pas seulement sur le plan financier – d’attirer d’autres comédiens sur leur orbite. Parce que, comme ils le disent de façon touchante, « ils se sentent encore fragiles ». Leur deuxième spectacle, ils le savent, sera en quelque sorte une pierre de touche. Il leur faut assurer des pas quelque peu incertains. Et ils y travaillent, c’est sûr, avec un voile d’inquiétude, mais aussi une immense foi. La foi de ceux qui, ayant l’amour du théâtre chevillé à l’âme, sont sûrs de marcher sur leur vrai chemin.

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